Carlos Cordeiro n’a pas simplement démissionné : il a tiré la sonnette d’alarme dans une maison qui commence à sentir le brûlé. Que le conseiller senior de Gianni Infantino, ancien banquier, ancien président de la fédération américaine et homme de confiance nommé par Donald Trump lui-même, choisisse de claquer la porte plutôt que de cautionner le projet Fifa Forward Enterprise (FFE), dit à lui seul l’ampleur du séisme qui secoue la maison FIFA.

Car Cordeiro n’est que la partie visible d’un incendie bien plus large. La FFE, présentée par Infantino comme un simple véhicule commercial, prévoit de loger la gestion de la Coupe du monde et des autres compétitions FIFA dans une entité où des investisseurs privés pourraient détenir jusqu’à 20% du capital, en échange d’une levée de fonds espérée à 4,2 milliards de dollars sur une valorisation de 20 milliards.

C’est cette perspective, celle d’un actif jusque-là collectif ouvert à des intérêts privés, qui a mis le feu aux poudres. L’UEFA, réunie en session d’urgence, a vu ses 55 fédérations signer un texte unanime menaçant de retirer purement et simplement leurs sélections de toute compétition FIFA si le projet n’est pas abandonné. La CONCACAF a suivi, avec ses 41 associations membres, rejetant à son tour l’initiative au terme d’une réunion extraordinaire.

L’AFC, la confédération asiatique de football, a exprimé sa solidarité avec ces deux confédérations. Au total, ce sont déjà 96 des 211 fédérations membres de la FIFA qui ont publiquement tourné le dos au projet. Seule la CAF, sous la présidence de Patrice Motsepe, temporise : une réunion de son comité exécutif est annoncée pour la semaine prochaine, signe d’une prudence qui tranche avec la fermeté européenne et nord-américaine.

Ce front qui se fissure de toutes parts fragilise un peu plus Gianni Infantino, sommé de faire la démonstration que son projet de 10 milliards de dollars pour le développement du football ne se fera pas au prix de la souveraineté du jeu lui-même. Avec une échéance fixée au 19 septembre pour que les fédérations se prononcent, chaque défection, chaque tergiversation, chaque silence pèsera. La question n’est plus seulement de savoir si la FFE verra le jour, mais si Infantino traversera la crise qu’il a lui-même allumée.
(c) Neoquébec Sport (Juillet 2026)

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