Le football féminin ne se contente plus de progresser : il change d’échelle. À l’approche de la saison 2026-2027, les transferts spectaculaires se multiplient, de nouveaux investisseurs apparaissent, les championnats se professionnalisent davantage et plusieurs pays mettent en place de véritables passerelles entre la formation, les clubs professionnels et les sélections nationales.

De l’Angleterre au Canada, en passant par la France, l’Espagne et l’Afrique, cette accélération est de bon augure à moins d’un an de la Coupe du monde féminine 2027, qui se déroulera au Brésil du 24 juin au 25 juillet.

La WSL anglaise au centre du marché mondial

L’Angleterre demeure l’un des principaux moteurs de cette transformation. Champion en 2026, Manchester City commencera la prochaine saison avec le statut d’équipe à battre. Son attaquante jamaïcaine Khadija « Bunny » Shaw, auteure de 19 buts, a remporté le Soulier d’or de la Women’s Super League. Arsenal pourra notamment compter sur Alessia Russo, tandis que Chelsea, Manchester United et Tottenham tenteront également de se rapprocher du sommet.

Khadija « Bunny » Shaw , attaquante de Manchester City (championne d’Angleterre) L’attaquante jamaïcaine de Manchester City a remporté le Soulier d’or de la saison avec 21 buts inscrits

Mais l’équipe qui attire actuellement tous les regards est incontestablement celle des London City Lionesses.

Après leur première saison parmi l’élite anglaise, les Lionesses ont réalisé deux des transferts les plus retentissants de l’été. Elles ont d’abord recruté Alexia Putellas, double Ballon d’or et véritable symbole du FC Barcelone féminin.

Arrivée dans l’équipe première catalane en 2012, l’internationale espagnole a contribué à transformer le Barça en référence mondiale. Capitaine, leader technique et incarnation de la progression du football féminin espagnol, elle a notamment remporté quatre Ligues des champions avec son club formateur. Son départ après quatorze saisons au plus haut niveau barcelonais représente la fin d’une époque.

Quelques jours plus tard, les London City Lionesses ont également obtenu la signature de Kadidiatou Diani. L’attaquante française de 31 ans, arrivée de l’OL Lyonnes, s’est engagée pour trois saisons. Sa vitesse, sa puissance et sa capacité à occuper plusieurs positions offensives apporteront une nouvelle dimension à une équipe qui ne cache plus son ambition de rivaliser avec les grandes puissances anglaises.

match opposant les London City Lionesses à Arsenal

L’association d’Alexia Putellas et « Kadi » Diani avec les nombreuses internationales déjà présentes transforme les London City Lionesses en véritable sélection mondiale. Plus qu’un simple projet sportif, le club devient le symbole de l’arrivée de nouveaux investisseurs capables de déplacer les grandes vedettes et de bouleverser la hiérarchie traditionnelle du football féminin européen.

En France, l’OL reste la référence

En Arkema Première Ligue, l’OL Lyonnes demeure l’équipe de référence. Les Lyonnaises ont remporté en mai 2026 leur 19e titre de championnes de France en dominant le Paris FC 5-0 en finale des play-offs, grâce notamment à un triplé de Melchie Dumornay et à un doublé de Tabitha Chawinga.

Le départ de Diani vers Londres constitue néanmoins une perte importante et illustre la concurrence désormais exercée par la WSL sur les clubs français. L’OL devra continuer de s’appuyer sur Dumornay, Chawinga, Christiane Endler et ses nombreuses jeunes internationales pour conserver son avance.

L’équipe de l’OL Lyonnes, champion de France, vainqueur de la Coupe de France

Le nom de Salma Paralluelo a également circulé du côté de l’OL Lyonnes. Libre après la fin de son aventure avec le FC Barcelone, l’attaquante espagnole de 22 ans fait partie des joueuses les plus convoitées du marché. Capable d’évoluer sur les ailes comme dans l’axe, elle avait notamment inscrit deux buts contre Lyon lors de la finale de la Ligue des champions 2026. Une éventuelle arrivée à l’OL constituerait donc un renfort spectaculaire et permettrait de compenser une partie des départs offensifs. La piste lyonnaise a été évoquée avec insistance, même si aucune entente n’a encore été officiellement annoncée.

« Alexia Putellas, Kadidiatou Diani et Salma Paralluelo symbolisent un mercato féminin devenu véritablement mondial. »

Salma Paralluelo, probable future attaquante de l’OL Lyonnes

Derrière Lyon, le Paris FC, le Paris Saint-Germain et le FC Nantes seront particulièrement surveillés. Ces quatre formations avaient occupé les places qualificatives pour les play-offs de la saison 2025-2026. Nantes représente notamment l’une des progressions les plus intéressantes du championnat, tandis que le Paris FC semble désormais capable de contester plus régulièrement la domination du tandem historique OL-PSG.

La nouvelle saison d’Arkema Première Ligue commencera au début du mois de septembre. Elle sera précédée par la deuxième édition de la Coupe de la Ligue féminine professionnelle, qui permettra aussi aux formations moins exposées de bénéficier de rencontres supplémentaires.

L’Espagne après Alexia Putellas

En Espagne, le départ d’Alexia Putellas représente bien davantage qu’un simple transfert. Il marque la fin d’un cycle pour une joueuse qui a contribué à transformer le FC Barcelone en référence mondiale et à donner au football féminin espagnol une visibilité sans précédent.

Barcelone demeure néanmoins le grand favori de la Liga F. Le club pourra toujours s’appuyer sur une génération exceptionnelle et sur des joueuses comme Aitana Bonmatí, Caroline Graham Hansen, Ewa Pajor, Claudia Pina ou Patri Guijarro. Le principal enjeu sera de mesurer sa capacité à renouveler son leadership après les départs de plusieurs joueuses emblématiques, dont Alexia Putellas et Salma Paralluelo.

L’équipe du Real Madrid

Le Barça reste sur une saison exceptionnelle, marquée par quatre trophées, dont la Liga F et la Ligue des champions. Le Real Madrid demeure son principal rival national, tandis que l’Atlético de Madrid, l’Athletic Club et la Real Sociedad chercheront à réduire l’écart. La saison 2026-2027 commencera les 29 et 30 août, et le premier Clásico entre Barcelone et le Real Madrid est programmé le 4 octobre.

Le Canada ne possède plus seulement une ligue, mais un écosystème

Le développement canadien constitue l’une des évolutions les plus importantes du football féminin mondial. Pendant longtemps, le Canada a produit des internationales de très haut niveau sans disposer d’un championnat professionnel national permettant aux meilleures joueuses de poursuivre leur développement au pays.

La création de la Super Ligue du Nord en 2025 a commencé à combler ce vide. Sa première saison a réuni six clubs : les Roses de Montréal, le CF Rapide Ottawa, le Vancouver Rise, l’AFC Toronto, le Calgary Wild et les Halifax Tides.

Plus de 275 000 spectateurs ont assisté aux 80 rencontres de la saison inaugurale. Les partenariats conclus avec CBC et TSN ont permis à la compétition de rejoindre plus de trois millions de Canadiens, tandis que la ligue affirme avoir généré plus de 30 millions de dollars canadiens de revenus avant même la commercialisation de ses droits médiatiques.

Cette croissance commence déjà à attirer les investisseurs. En juillet 2026, la firme internationale APEX a acquis une participation stratégique dans la compétition. Quelques jours plus tard, Winnipeg a obtenu la septième concession du championnat et rejoindra la Super Ligue du Nord en 2027. Cofondée notamment par l’ancienne internationale canadienne Desiree Scott, cette nouvelle équipe permettra au soccer professionnel féminin de s’implanter au Manitoba.

Sur le terrain, le CF Rapide Ottawa et les Roses de Montréal font partie des équipes à surveiller, tout comme l’AFC Toronto et le Vancouver Rise. Des joueuses comme Delaney Pridham, Tanya Boychuk, Jessica De Filippo et Lauren Rowe représentent précisément le type de talents que le Canada devait auparavant laisser partir vers les États-Unis ou l’Europe pour évoluer dans un environnement professionnel.

Les Roses de Montréal

La Super Ligue du Nord constitue donc bien davantage qu’un nouveau championnat. Elle offre aux jeunes Canadiennes une perspective professionnelle concrète, crée des emplois pour les entraîneuses, les dirigeantes, les arbitres et les spécialistes de la performance, tout en rapprochant les joueuses de l’équipe nationale de leur public.

 

 

 » La Super Ligue du Nord pourrait transformer durablement le parcours des jeunes joueuses canadiennes. »

Le lancement du Championnat canadien W constitue une autre avancée structurante. Cette nouvelle coupe réunira les six clubs de la Super Ligue du Nord et deux formations issues des Premier Soccer Leagues Canada. Le vainqueur pourra accéder à la Coupe des championnes W de la Concacaf, puis éventuellement à la Coupe du monde féminine des clubs de la FIFA prévue en 2028.

Le Canada construit ainsi une véritable pyramide : formation provinciale, championnats semi-professionnels, ligue professionnelle, coupe nationale, compétitions continentales et équipe nationale. Ce système devrait élargir le bassin de joueuses disponibles et faciliter la transition entre les équipes de jeunes et la sélection senior à l’approche du Mondial 2027.

La CAN féminine, vitrine d’une Afrique en progression

Du 26 juillet au 16 août 2026, le Maroc accueillera une Coupe d’Afrique des nations féminine élargie pour la première fois à 16 équipes. La compétition déterminera également une partie des représentantes africaines à la Coupe du monde 2027.

Le Nigeria demeure la puissance historique et l’équipe à battre. Les Super Falcons pourront notamment compter sur Rasheedat Ajibade, Chiamaka Nnadozie et Asisat Oshoala. Mais la concurrence n’a jamais semblé aussi forte.

Ghizlane Chebbak, capitaine du Maroc

Le Maroc de Ghizlane Chebbak, l’Afrique du Sud, la Zambie de Barbra Banda et Racheal Kundananji, ainsi que le Cameroun, le Ghana et la Côte d’Ivoire possèdent les moyens de jouer un rôle important dans la compétition.

Evelyn Badu – Ghana

Barbra Banda et Kundananji symbolisent notamment la progression spectaculaire de la Zambie, désormais considérée comme une candidate crédible au titre continental. La CAN sera donc à la fois une compétition majeure, une étape qualificative et une vitrine pour des talents africains de plus en plus recherchés par les clubs européens et nord-américains.

Le Brésil 2027 comme point de convergence

Toutes ces évolutions convergent vers la Coupe du monde 2027. Organisée dans huit villes brésiliennes, elle sera la première édition de l’histoire disputée en Amérique du Sud.

Le véritable défi sera maintenant de transformer l’effervescence actuelle en croissance durable : meilleurs salaires, contrats plus protecteurs, infrastructures adaptées, centres de formation, couverture médiatique régulière et investissements à long terme.

Les joueuses sont déjà là. Les publics répondent présents. Les investisseurs commencent à suivre. Et les championnats, de Londres à Montréal, ne veulent plus seulement accompagner le développement du football féminin : ils veulent en devenir les prochains grands centres de pouvoir.

(c) Petit Shiro – correspondance spéciale (Neoquebec Sport – Juillet 2026)

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